Ça y est: la dure loi de la vie, du travail presque intensif, des routines boulot-dodo (y a pas de métro) m'a rattrapé. Je ne peux lui en vouloir, elle a pris son temps et m'a laissé 8 mois d'oisiveté où mon activité principale fut " Que mettre dans mon tube digestif?". Cette activité somme toute nécessaire a cependant un prix ici aussi et les finances du pauvre Job tire la gueule... Donc deux solutions se présente à lui:
- Rentre chez ta mère, elle t'a préparé un macaroni au gratin et le Guillou avec un bon verre de pif!... Ou...
- Fais-toi plus backpacker que jamais, attrape le taureau par les cornes et trouve toi un job!!
J'avoue en toute sincérité que la première solution est alléchante. Mis à part le macaroni et le verre de pif,... ma môman, guillou, mes frérots et toutes les crapules condruziennes commencent sérieusement à me manquer. Mais de mon p'tit nuage Mendozinien, je pense aussi que je raterai une occasion de ... de je sais pas quoi mais je le sens!! Ça se vit ces choses là, ça ne se couche pas sur papier virtuel.
Donc un job. Je pourrais faire de l'artisanat de ville en ville en fabriquant des brelocks pour ta crapaute comme tous les pouilleux hippies sympathiques; mais j'ai pas trop le don de la créativité des babioles, même sous drogue, je pense que la patience me ferait vite défaut ( déjà en maternel le picotage, c'était pas pour moi)... Et puis les hippies électro-punk ont envahi le milieu depuis mathusalem. Sortie sans issue!
Non, il me faut quelque chose de constructif où j'apprends un peu, partage beaucoup, gagne de l'argent en barre et dans lequel je me sente bien,... vous voyez quoi, dans le genre même pas difficile. Étant donner que, grâce au très haut, j'ai été doté de deux mains pour faire autre chose que la branlette (Activité passionnante et récréative mais fort peu lucrative si ce n'est pour les vendeurs de rouleaux de PQ), pourquoi pas les cueillettes... Ça paye bien... A voir!
Constructif, j'ai dit constructif, Ça tombe bien j'ai rencontré une architecte un peu folle qui serait prête à me confier un projet.
Brève entrevue:
elle: Tu travailles dans la construction?
moi (un rien supérieur sûr de lui):On peut dire que oui, en partie... En réalité, souvent en black en Belgique.
elle:Tu connais la construction écologique?
moi:A non peut-être! (Des baraques à base de bouse de vache, faut pas avoir fait math sup'... ça je le pense, je le dis pas!)
elle: Tu as déjà construit une maison?
moi (sortant mon masque de surprise et de vexation): Oui, quelques-unes (OUH!! le menteur!... pas de sentiments, j'ai besoin de sous)
elle: Tu sais lire des plans de construction?
moi:oui, c'est pas très dur. ( re menteur! Bah! c'est des gribouillages à la latte et l'équerre avec des ptits numéros.)
elle: C'est bon, on tente l'aventure.
Wahou! je vais construire une maison... Je suis plus excité que honteux de mes bien maigres mensonges. Après tout, j'ai pas menti, j'ai réellement déjà faitpas mal de constructions: un mur par-ci, un béton par-là, une charpente comme-ci, un toit comme-Ça... Et puis, c'est le moment ou jamais de voir ce que je vaux, ce voyage est un voyage introspectif qui fouille dans les tréfonds de mon âme à coup de: "qui suis-je?", "Où verge?", "Dans quelle étagère?", et toutes ces conneries.
Dans le pire des cas, la maison s'écroule et je suis à 8000 km sirotant un pastis à la terrasse du verskur rue saint-gilles... ET QUOI?! Y a des enfants qui meurent partout dans le monde, ils vont pas me chier une pendule parce que une maisonnée s'est écroulé à mendoza. Il y a des choses plus importantes dans la vie bordel de merde!
Les travaux commencent. Je travaille avec deux maçons. Ils comprennent rien à mon espingouin et moi, rien du leur. On s'entend cependant très bien, ce doit être l'intuition et la bonne onde universelle qui nous aide (Il faut d'urgence que j'arrête le maté, je deviens un peu trop spirituel-Krishna à mon goût). Avec eux, je fais les tranchées de fondation, le béton armé et la mise en place de toutes les colonnes de la structure de la maison. Dis comme cela en deux lignes, ça fait rapide et facile, on met cependant 2 mois à terminer cette partie.
Pour bien visualiser, je vous donne un petit détail qui a son importance. Je n'ai pas choisi l'unique modèle de chez Thomas&Piron qui consiste à faire un beau bloc de béton carré avec une merveilleuse brique de flandre, une fausse cheminée et les dentelles déjà ajustées aux fenêtres... Non, non, non, j'ai une très haute estime de moi-même et une confiance absolue en mes mains d'orfèvres et mon savoir-faire hors du commun!! Ainsi que je laisse les maisons de poupées de connard&co pour le maçon banal sans envergure et m'attaque à la construction d'un caracole géant de 200 mètre-carré. Avec en vrac: deux étages, un salon ouvert sur la cuisine, deux chambres avec vestidor, une buanderie, une salle de bain, une chiottesèche et une serre intégrée... La total moules-frites quoi!! Une maison en spirale avec un toit qui monte qui monte jusqu'à une colonne central de 6.5 mètre. Ça ne vous parle peut-être pas mais la différence entre tracer les quatrescoins d'un rectangle dans un champs ou pointer l'endroit exacte de 40 colonnes disposées en spirale, c'est comme beugler "la grosse bite à dudule" au troquet de la vieille Jeannine ou chanter " La belle Hélène" d'Offenbach à l'opéra de Paris... Techniquement un peu différent.
Donc en bref, 30 jours pour retirer 45 mètre-cube de terre à la main (avec une pelle, ils sont quand même pas si pauvres que ça!), fabriquer toute la structure de fers à béton ( plus de 4000 fers à couper, plier et assembler avec des p'tits bouts de fils de fer), coffrer, couper à dimension les colonnes et les poser à leur emplaçement respectif, et enfin, couler le béton. On ne fait pas la sieste et je crève de chaud. Mon lointain sang africain ne m'aide pas à affronter les 40 degrés que je me tape pelle à la main. Je bois beaucoup d'eau... Hé oui, j'ai dit que c'était un voyage introspectif.
Vous ne pouvez pas vous imaginer le bonheur que c'est de voir toutes ces jolies colonnes liées entre elles par un artistique entre-mêla de fers à béton et posées bien fermement dans leur lit de béton. Ce spectacle te soude une équipe! On se fout une méga-purge à la santé du labeur accompli qui, sans détour, fut un défi pour chacun d'entre nous. En effet, il n'y en a pas un qui savaitoù il foutait sa grolle... Mais nous, on avons vu cette satané lumière de la création au fond de ce champs de navets, on a vu le beau dans le moche, on a senti la vibration du fini dans le néant et we did it!! (tcheu di, cette phrase là je peux l'envoyer à Guy Gilbert pour évangéliser ses loubards de bas-fond, il aurait son ptit succès le prêtre à santiags!)
Ce moment d'intense émotion passé, on enchaîne avec la suite: Murs de pierres sur 70 cm de haut entre chaque colonne et construction de la charpente en troncs d'arbre. C'est deux nouveau travaux m'occupent pour une paire de semaines de 8 à 20 heures du lundiau samedi... ce qui me vaut une augmentation substantiel de 70 pesos. Je vais devenir archi-millionnaire! Je ne gagne plus 10 euros par jour mais 22. Du 200 pourcent, pas mal. Je peux donc maintenant m'offrir tous les p'tits plaisirs simples de la vie comme une bon choripan avec du fromage et quelques litres de bières ou un croque-monsieur à la viande au resto. Comme vous voyez, je flambe, je brûle, je claque tout dans le luxe: "au diable l'avarice madame la bouchère, vendez moi cette belle tranche de gigot, un quart de bleu et ce ptit saucisson pour ma dent creuse!!! La patte de jambon, tu me la gardes pour dimanche."
Elle est pas belle la vie??
Vous l'aurez compris, malgré une montagne de travail, je ne suis pas mécontent de ma petite aventure mendozinienne. Mes journées sont bien chargées et explique d'ailleurs en partie que mon blog ressemble plus à un vieux blog hanté de souvenirs périmés quà un journal de bord. J'ai seulement le dimanche comme jour de congé et aspire à autre chose que de pianoter sur la cyber-toile. Je ne me cherche pas d'excuses, même si je trouve celle-ci particulièrement bonne... donc, désolé, fin de la parenthèse!!
Mes journées ont la rythmique monotone d'une horloge suisse. Je me lève, deux cafés, construction de murs en pierres avec mon ami Fangio, le mangé, travaille avec le charpentier et dodo! Je mets cependant un bémol à cette espèce de pessimisme imbécile qui me fait dire "journée monotone". Car, en réalité, les personnages hauts en couleurs qui m'entourent font qu'un jour normalement banal de travail se transforme en une belle après-midi ensoleillée de printemps... vous voyez? Ce genre de journée qui commence par le chant joli des oiseaux et un chaud levé du soleil! Je vous accorde que mon style frise un peu la grande fifille à tutu et la métaphore à un émouvant entre-chat de ballerine gay mais comme ça, vous comprenez. Maintenant que vous trépignez d'impatience, je lève le rideau et vous décrit mes compagnons de route à ma manière, tel que je les vois moi.
vida: La doyenne. Quand je dis la doyenne, vous pourriez penser à une vieille acariâtre qui sent un subtile mélange de pisse et d'eau de Cologne... Doyenne, ça fait un peu vioque. La réalité en est bien loin: elle est aussi sympathique qu'avenante. La belle a 26 ans et prépare tout pour l'arrivée de sa mère qui se rapproche déjà plus de la définition de doyenne. Les deux gringas vont en effet vivre ici et laisser leur pays de descendants de putains et bâtards européens à sa propre merci... la désertion valant mieux pour elles que de subir le système de merde qu'est les Etats-Unis... Que les loups se mangent entre eux!! ( Note historique de haute valeur objective: Vous ne le saviez peut-être pas mais la conquête d'un continent ne se fait pas avec l'aristocratie du pays envahisseur; on y envoie d'abord les fonds de prisons, les rats de cave, les désabusés et les aventuriers en manque de viol et de séquestration de bronzés autochtones... Sans oublier les putains pour animer tout ce joyeux p'tit monde et donner naissance à nos fiers cow-boy texans. Ensuite, quand le pays est sécurisé des sauvages, on envoit les bouseux, les banquiers et les curés pour faire fleurir une belle et grande nation basée sur de solides valeurs morales dont le symbole le plus fort est le billet vert!! Si vous ne me croyez pas, lisez mon futur roman: "La véritable histoire des yankees revisité par bertrand et l'oncle André autour d'une bouteille de whisky".)
Je m'égare. Donc, la Vida est la propriétaire de la maison où je vis et l'aimable main qui me paye. Hormis ce détail bassement matérial, c'est une excellente amie qui aime boire, sortir, se moquer et la vie en général. Elle me trouve... RARE... Je ne sais comment le prendre mais comme elle le dit avec le sourire, ça passe. On passe de nombreuses soirées à écouter de la musique, boire du vin, de la tequila, de la bière, du détergent vaisselle en cas de rupture de stock et à parler de tout et de rien. J'ai d'ailleurs remarqué chez elle une prépondérance pour parler de rien mais je suis bon public (quel enfoiré je fais, elle peut même pas se venger, elle parle pas français!).
Manu: Le vilain chilien. Il n'a rien de vilain mais par principe en Argentine, tous les chiliens sont vilains. Il m'apprend avec enjouement toute la finesses des gauloiseries populaires argentaises et chiliennes... que je m'empresse d'emmagasiner et, pour ne pas être en reste, agrémente de quelques cocasses expressions du cru en français. L'échange culturel lui plaît beaucoup. C'est le chef maçon et il l'assume à la perfection: La majorité du temps, il s'accroupit à l'ombre avec un maté et nous regarde, Fangio et moi, suer corps et eaux sous un soleil de plomb par 40 degré. Parfois il se met dans la position du penseur de Rodin et se met à penser pour quelques heures... Il s'arrête toujours de penser pour l'heure de la bouffe ou la fin de journée. C'est qu'il a ses horaires le bougre!!
Tout le travail lui parait "facile" (après l'avoir pensé qq heures en dessous de l'arbre bien entendu). C'est son mot fétiche. A chaque étape: "facile, on creuse un peu, deux morceaux de fers, les colonnes et c'est fini". Quand il dit 3 jours pour un travail, tu fais fois quatre et tu obtiens la moitié du temps nécessaire pour l'accomplir.
Un homme simple, profondément bon et généreux comme il en manque beaucoup sur terre.
Fangio: Pour de vrai il s'appelle Fabio mais je lui préfère Fangio. Pourquoi, je n'en sais rien. Il n'a rien d'un fonceur. De trois ans mon aîné, il en fait 10 de moins. Malgré qu'il ait déjà deux enfants, j'ai l'impression que si tu pinces son nez, il y a toujours du lait qui en sort... il habite chez moman comme un bon argentin et vitcomme si il n'avait toujours pas cassé sa coquille. Personne tranquille qui dégage une espèce de tristesse permanente pour ceux qui ne le connaissent pas. Il n'est pourtant ni triste ni de triste compagnie quand il t'a donné sa confiance et se révèle même être un sacré enfoiré fouteur de gueule sans y toucher!!
Je crois que sa rencontre avec des étrangers et Adriana(l'architecte) est une des meilleurs choses qui lui soit arrivé. Ça lui donne d'autres perspectives et lui laisse plus de place pour le rêve d'un autre chose. Il a maintenant des envies de voyages mais les voit toujours plus comme une illusion que comme une possible réalité. Mais ça change... et je voudrais vraiment qu'il ai la possibilité de venir visiter notre beau et plat pays d'alcooliques!! C'est devenu un très très bon ami. Qu'il se fasse plaisir, c'est tout le mal que je lui souhaite.
Carlos, le charpentier: Gros personnage tonitruent à la voix caverneuse. Plus qu'un charpentier, il est chanteur d'opérette, conducteur d'hélicoptère, prof de ski de haut niveau, boulanger et dernièrement... employé communal. Mélange étrange où il est difficile de rencontrer le vrai du faux car en chacun de ces petits mensonges, il y a une part de vrai... Si on l'écoute, il a fait de la charpente maritime... personnellement, je pense que les seuls bateaux qu'il ait fait, c'est dans le bain avec sa mère!! C'est tellement beau quelqu'un qui vit ses rêves et qui ne se prend pas au sérieux. Moi, je gobe tout ce qu'il dit (il fait de mal à personne) et ça lui fait plaisir de raconter. Il nous fait beaucoup rire même si parfois il nous fatigue car si il chante comme un rossignol, il berdèle aussi comme une pie. Il m'a déjà fait quelques frayeurs. Quand il rit, il gonfle, devient écarlate, fait fuir tous les animaux alentour sur un rayon de 8 km avec sa voix de tenor, tousse, s'étrangle, s'assied pour se masser les côtes et rempli un sceau de 10 litre avec ses larmes tant il pleure. Les premières fois tu t'arrêtes de travailler pour savoir quand appeler le cardiologue et le service de réanimation, puis, après 35 esclaffements par jour tous les jours, tu t'habitues et continues ton boulot sereinement. Il est bon comme le pain et ces connaissances linguistiques lui permette de dire: "le popol dans la foufoune" avant de partir d'un nouvel éclat de rire.
Durango: Le disciple du charpentier. Ce dernier l'appelle affectueusement "le lièvre Créole". Tout ce qu'il fait, il le fait en courant. Si t'oublies un outil et que tu es au deuxième étages, envoye le lièvre créolle et 2 secondes après, il est dans ta main!! Attention, ce n'est pas n'importe quel lièvre commun, Carlos, en connaisseur, a choisi "le créolle": le plus grand et plus rapide de tous... c'est ça qui est beau!!
L'autre jour, Fangio et moi l'observions en cachette: le maître lui avait demandé d'accomplir un travail avant son retour et notre ami se fit un devoir de le réaliser en courant. On a faillut crever de rire quand il est monté à l'échelle! Tellement concentré à courir qu'il a oublié qu'il n'y avait pas plus d'échelons et qu'il a continué sans s'en rendre compte sur le poteau. C'est notre petit Forest Gump à nous.
A part ça, il adore la byciclette et les avions. Quand on se fout gentiment de sa gueule, il boude 10 minutes et te re-parle de byciclette. Il est sympa et ses ptites manies n'en font pas moins non plus un bon ami. Ah! Détail important: il remonte ses pantalons jusqu'á ses aisselles, ce qui donne un cachet admirable à l'artiste.
Adriana, l'architecte: La plus atypique et marginale de tous mais de loin, la plus chère à mon coeur. Je ne l'aimais pourtant pas et elle non plus. C'est une amie de la finca où j'ai travaillé. D'emblé, je l'ai sentie désagréable, froide, hautaine et pire de tout, féministe type "chienne de garde" . De quoi me faire montrer les dents et attirer mes sarccasmes les plus vitupérants. De plus, elle se balladait toujours avec son hystérique fille d'un an et demi, toujours pleurant et criant... Un supplice à vivre et une allégresse quand elles s'en allaient... dieu sait où.
Et bien, si je dois me repentir pour un jugement trop vite émit, je le dédicace à Adriana et son p'tit monstre. Cette femme est pleine de vie, de contrariétés, de joie de vivre, d'amour de ses enfants et de partage... une femme vous dis-je, une femme... pleinement, passionnément!!
Elle ma donné un travail, une amitié, une famille et ... un amour. Cette vieille sorcière, que je considère comme une soeur, avec cet instin féminin propre à agacer l'absence du notre, m'a, l'air de rien, fait rencontrer sa cousine. Cupidon a fait le reste même si il a pris son temps pour armer sa putain de flèche. En ce moment, sa cousine et moi chassons toujours les papillons et le ciel n'est toujours pas couvert de gros nuages noirs, donc, affaire à suivre!!
Elle m'a donné bien plus que le gout de l'Argentine, elle m'a fait sentir chez moi à 8000 km de mes terres et des miens et rien que pour ça, Adriana: MERCI.
Voilà, vous connaissez mieux mon proche entourage argentin. Pour les autres rencontres, la liste est bien trop longue et risque de fatigué vos yeux déjà érrintés par tant de blabla...
Je vous laisse donc vaquer à vos occupations et m'en vais prendre une p'tite bière la tête pleine de Belgitudes.
bises à tous et santé.
bertouille